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Sir Henry Wickham
(1846 - 1928)


le “bourreau de l’Amazonie ”?




En 1876, l’anglais Henry Wickham organise la sortie de 70.000 graines d’hévéa de l’Amazonie vers les jardins royaux britanniques. La même année, après la germination de moins de 3.000 graines, commence l’envoi de plants vers l’Asie anglaise. A cette époque, l’Amazonie fournit 100 % de la production mondiale de caoutchouc. En 1911, 35 ans plus tard, l’hévéa culture asiatique produit déjà 30 % du caoutchouc mondial mais à un prix deux fois moindre que le caoutchouc de cueillette amazonien. C’est le début de la chute des prix et les barons du caoutchouc donnent à Wickham le surnom de "bourreau de l’Amazonie". La même année, l’Allemagne met en place une production expérimentale de production de caoutchouc synthétique.

L’aspect rocambolesque de ce vol, que Wickham lui-même complètera jusqu’à sa mort, est questionné par les historiens. On raconte une récolte en une semaine, sa dissimulation dans des feuilles de bananier, un providentiel navire qui n’aurait pas de cargaison, bref un fait d’arme dont s’en suivit la mort du caoutchouc amazonien. Il semble que cette version magnifie un peu la réalité.
La cueillette fut certainement organisée minutieusement puisqu’à l’éclosion de la bogue, la graine d’hévéa est projetée jusqu’à 40 mètres. De plus, la densité des hévéas sauvages n’excédait pas six à huit arbres à par hectare de jungle. Ensuite, 70.000 graines pèsent alentour 1,5 tonne et nécessitaient, donc,d’être emballé dans une trentaine de colis de 50 kg chacun pour pouvoir être portés à dos d’homme. Par ailleurs, pour spectaculaire et déterminant que fut cet envoi, il fut précédé en 1873 par celui du Consul britannique en poste à Pára et suivi en par celui de Robert Cross en novembre de 1876, même si ces envois furent d’ampleur bien plus faible. Enfin, il fallut attendre 1895 pour que les colons installés en Malaisie se lancent dans l’hévéa culture et encore 15 ans pour que leur production rivalise avec celle de l’Amazonie.




La mort du caoutchouc amazonien fut donc lente et rien ne justifie que l’exploit de Wickham soit exagéré si ce n’est, peut-être, pour dissimuler un vol organisé par l’Angleterre elle-même. En effet, ce furent surtout les réseaux des jardins botaniques de la Couronne anglaise et l’initiative encouragée des colons qui tuèrent le caoutchouc de cueillette. D’autre part, il travailla sur commande puisqu’il savait qu’il serait payé des graines envoyées à Londres. Il en retira un bénéfice de 700 livres sterling qui lui permirent de se lancer, sans succès, dans l’agriculture en Australie puis en Papouasie Nouvelle-Guinée. Toutefois les caoutchouquiers, le gouvernement britannique de Malaisie et un généreux donateur américain lui versèrent, en tout et vers la fin de sa vie, plus de 15.000 livres. Consécration : 8 ans avant sa mort, en 1920, le Roi Georges V le fait Chevalier.

Pour conclure sur ce vol, il faut souligner l’ironie de l’Histoire puisque les colons malaisiens se lancèrent dans l’hévéa du fait de la reprise du café au Brésil. Café qui, comme d’autres plantes (canne à sucre, oranger..), contribua à la richesse du Brésil alors même que ces plantes n’en sont pas, elles non plus, natives. Aujourd’hui, au terme de discussions sur la propriété des espèces naturelles, les ressources génétiques sont considérées comme des marchandises que chaque Etat se réserve le droit de valoriser.



Philippe HERRIAU pour l’Expédition Carishina, Quito, février 2002.