En 1876, langlais Henry Wickham organise la sortie de 70.000 graines dhévéa de lAmazonie vers les jardins royaux britanniques. La même année, après la germination de moins de 3.000 graines, commence lenvoi de plants vers lAsie anglaise. A cette époque, lAmazonie fournit 100 % de la production mondiale de caoutchouc. En 1911, 35 ans plus tard, lhévéa culture asiatique produit déjà 30 % du caoutchouc mondial mais à un prix deux fois moindre que le caoutchouc de cueillette amazonien. Cest le début de la chute des prix et les barons du caoutchouc donnent à Wickham le surnom de "bourreau de lAmazonie". La même année, lAllemagne met en place une production expérimentale de production de caoutchouc synthétique.
Laspect rocambolesque de ce vol, que Wickham lui-même complètera jusquà sa mort, est questionné par les historiens. On raconte une récolte en une semaine, sa dissimulation dans des feuilles de bananier, un providentiel navire qui naurait pas de cargaison, bref un fait darme dont sen suivit la mort du caoutchouc amazonien. Il semble que cette version magnifie un peu la réalité.
La cueillette fut certainement organisée minutieusement puisquà léclosion de la bogue, la graine dhévéa est projetée jusquà 40 mètres. De plus, la densité des hévéas sauvages nexcédait pas six à huit arbres à par hectare de jungle. Ensuite, 70.000 graines pèsent alentour 1,5 tonne et nécessitaient, donc,dêtre emballé dans une trentaine de colis de 50 kg chacun pour pouvoir être portés à dos dhomme. Par ailleurs, pour spectaculaire et déterminant que fut cet envoi, il fut précédé en 1873 par celui du Consul britannique en poste à Pára et suivi en par celui de Robert Cross en novembre de 1876, même si ces envois furent dampleur bien plus faible. Enfin, il fallut attendre 1895 pour que les colons installés en Malaisie se lancent dans lhévéa culture et encore 15 ans pour que leur production rivalise avec celle de lAmazonie.
La mort du caoutchouc amazonien fut donc lente et rien ne justifie que lexploit de Wickham soit exagéré si ce nest, peut-être, pour dissimuler un vol organisé par lAngleterre elle-même. En effet, ce furent surtout les réseaux des jardins botaniques de la Couronne anglaise et linitiative encouragée des colons qui tuèrent le caoutchouc de cueillette. Dautre part, il travailla sur commande puisquil savait quil serait payé des graines envoyées à Londres. Il en retira un bénéfice de 700 livres sterling qui lui permirent de se lancer, sans succès, dans lagriculture en Australie puis en Papouasie Nouvelle-Guinée. Toutefois les caoutchouquiers, le gouvernement britannique de Malaisie et un généreux donateur américain lui versèrent, en tout et vers la fin de sa vie, plus de 15.000 livres. Consécration : 8 ans avant sa mort, en 1920, le Roi Georges V le fait Chevalier.
Pour conclure sur ce vol, il faut souligner lironie de lHistoire puisque les colons malaisiens se lancèrent dans lhévéa du fait de la reprise du café au Brésil. Café qui, comme dautres plantes (canne à sucre, oranger..), contribua à la richesse du Brésil alors même que ces plantes nen sont pas, elles non plus, natives. Aujourdhui, au terme de discussions sur la propriété des espèces naturelles, les ressources génétiques sont considérées comme des marchandises que chaque Etat se réserve le droit de valoriser.
Philippe HERRIAU pour lExpédition Carishina, Quito, février 2002.
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