Avec lexplosion de la demande de caoutchouc, les riches provinces de lAmazonie bolivienne sont confrontée au problème de lécoulement de leur production. Lexportation par le Pacifique et le détroit de Magellan est trop chère et la voie terrestre de 400 km renchérit les coûts. En 1878, alors que le chemin de fer tisse sa toile un peu partout dans le monde, un nord-américain lance la construction dune ligne en pleine jungle sur 365 km qui devrait permettre de baisser le prix de lacheminement de lOr Noir vers ses zones de commercialisation. Mais, 1 an et demi plus tard, les travaux sarrêtent en raison de difficultés légales. Déjà, 500 hommes ont laissé leur vie pour 7 km de voie construite.
Cependant, 27 ans plus tard les travaux reprendront à la suite du rattachement de lAcre au Brésil. En 1867, le Brésil reconnaît la souveraineté de la Bolivie sur ce territoire mais cest sans compter avec léloignement de La Paz conjugué au nationalisme actif de certains brésiliens. La Bolivie se contente denvoyer quelques fonctionnaires de ses douanes pour prélever sa dîme sur le caoutchouc et, le 14 juillet 1899, lobscur espagnol Luiz Galvez Rodrigues de Arias déclare, en français, lindépendance de la République dAcre à la satisfaction des caoutchouquiers locaux. Depuis 3 mois la Bolivie a retiré ses quelques fonctionnaires, pas un coup de feu nest tiré. Laventure dure 8 mois pendants lesquels aucun Etat ne reconnut cette fantomatique République si francophile. Puis, Rio de Janeiro envoie sa marine pour rétablir la souveraineté bolivienne. En 1900, un nouveau mouvement -des intellectuels brésiliens cette fois-ci- conteste la présence bolivienne. Consciente quelle ne pourra jamais contrôler ce territoire, la Bolivie le concède à la Bolivain Syndicate (un regroupement dintérêts anglo-saxons) pour 30 ans contre-reversements au fisc de 60 % des bénéfices réalisés. Les fervents du rattachement au Brésil prennent alors les armes sous la direction de Jose Placido de Castro et, à la suite dune guérilla de 100 jours, la Bolivie abandonne toute prétention et vend lEtat dAcre au Brésil.
Signé en 1902, laccord de rattachement prévoit, à la charge du Brésil : le versement dune indemnité de 100.000 livres à la Bolivian Syndicate, une de 2 millions à La Paz et la construction de la voie ferrée Madeira-Mamoré afin que la Bolivie puisse écouler son caoutchouc.
En 1907, lenfer reprend et durera 5 ans pour les quelques 25.000 ouvriers venus du monde entier. Le désastre de 1878-1879 se renouvelle : les attaques indigènes, la maladie et les accidents déciment les constructeurs de lunique voie de chemin de fer jamais construite aussi profondément en Amazonie. Le travail est exceptionnel car il faut tout amener à dos de mulet : notamment le charbon anglais, lacier nord-américain et ... le bois australien ! Lhécatombe est à limage de celle de la première tentative : 6.000 à 10.000 morts pour 300 km de voie construite car, cette foi-ci, le projet aboutit : en 1912, la voie est terminée. 1912 est aussi lannée de leffondrement du marché du caoutchouc, toute activité cesse et aucun train de caoutchouc ne lempruntera jamais, même si la voie restera en service jusqu'en 1969.
Philippe HERRIAU pour lExpédition Carishina, Quito, février 2002.
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Sources :
--- GHEEBRANT, Alain, L'Amazone, un géant blessé, Paris, 1988.
--- USTARROZ, Ricardo, "Le cimetière des projets grandioses" et SEVILLA, Jean-Jacques, "La saga des seringueros" in Autrement, spécial Amazonie, ouvrage collectif, Paris, 1990.
--- GEORGES - PIPERA, Sur les traces de Fizcarrald, Arles, 1996.
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