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Les Indiens Candoshi sont au bord de l'extinction, décimés depuis dix ans par la maladie. Le vaccin existe, mais les autorités ne lèvent pas le petit doigt.
CARETAS
Lima
A Puerto Chingana, l'un des 28 villages installés près du lac Rimachi [dans le département amazonien de Loreto, une quinzaine de personnes sont atteintes de l'hépatite B, soit près de 10 % de la population. María, âgée de 14 ans à peine, est enceinte de cinq mois. Malade, elle transmettra à coup sûr le virus à son enfant. Dans la forêt, explique le Pr Alberto Sundi, les filles sont remises à leur futur mari dès l'âge de 9 ans. Et bien souvent, elles se retrouvent enceintes dans l'année qui suit. Cette précocité sexuelle est un facteur de propagation du virus, qui se transmet ainsi de génération en génération. Le Pr Sundi, qui vit dans la communauté de Musa Karusha, est veuf depuis août 1999. "Ma femme avait 26 ans. Au début, elle a eu de la fièvre et les yeux jaunes. Ensuite, cette couleur s'est propagée à tout son corps. On n'a pas pu la guérir."
En août dernier, le photographe Alejandro Balaguer s'est rendu dans cette région pour étudier les ethnies vivant près du lac Rimachi. Il a pu recueillir le témoignage de Fidel Nanantay, de la Coordination des peuples indigènes (CORPI). "A quatre reprises, nous avons demandé que la région soit déclarée en situation d'urgence sanitaire, mais les fonctionnaires des services de santé minimisent la gravité du problème." Fidel Nanantay s'est rendu au centre médical, qui l'a envoyé à la direction de la santé la plus proche, à San Lorenzo. A San Lorenzo, on lui a dit qu'il devait attendre la décision de Yurimaguas. A Yurimaguas, celle d'Iquitos [préfecture du département]. A Iquitos, celle de Lima. Il attend toujours.
"Lorsque nous avons exposé le problème afin d'établir un diagnostic général de la situation, tout le monde s'est agité. Ils nous ont même promis des hélicoptères. Mais, à la direction de la santé, ils n'ont pas bougé. Ils nous ont dit : 'Venez vous faire soigner ici.' Alors, on a dû quitter nos villages, qui sont à plusieurs jours de navigation de San Lorenzo. Et, au bout du compte, on n'a même pas reçu de traitement. Le ministère de la Santé prend tous ces cas à la légère. On a beau leur dire que les Candoshi meurent les uns après les autres, ça ne change rien", déplore Nanantay.
La prévalence de l'hépatite dans la région amazonienne est connue depuis plus de dix ans. En 1997, l'Association interethnique de développement de la forêt péruvienne (Aidesep), qui regroupe 43 fédérations de peuples indigènes, a conduit une étude sur le sujet dans les communautés amazoniennes. L'enquête, réalisée en partenariat avec l'Institut national de la santé, portait sur 870 habitants de 37 communautés réparties sur 12 bassins. Elle a révélé que 60 % des personnes concernées souffraient depuis longtemps de l'hépatite B et que 1,8 % d'entre elles avaient été infectées récemment ; 44 % des moins de 10 ans, soit 82 enfants, étaient contaminés par le virus ; et 32 d'entre eux avaient déjà développé l'hépatite C.
Gil Inoach Shawit, président d'Aidesep, a fait parvenir les résultats de cette étude au ministère de la Santé. Il n'a pas obtenu de réponse. "En juillet dernier, je me suis rendu dans la zone. Comme il y avait eu 6 décès d'affilée, ils étaient allés faire vacciner les enfants de moins de 5 ans. Mais les Candoshi sont 2 000 : vacciner seulement 200 enfants revient à condamner à mort les adultes. En l'espace de cinq ans, ils disparaîtront. Les adultes demandent à être eux aussi vaccinés, mais le ministère ne réagit pas."
Le Dr Jorge Ferrandiz, président de la Société de gastro-entérologie, explique : "La transmission s'effectue au cours des cinq premières années de la vie. Lorsqu'un enfant contracte le virus, il a 70 % de risques d'en développer une forme chronique. Lorsqu'il s'agit d'un adulte, ce chiffre tombe à 10 %. Le problème est avant tout économique. Ces gens-là meurent tous les jours."
Reste à espérer que les autorités sanitaires n'attendront pas l'extinction du peuple candoshi pour assumer leurs responsabilités.
Ruth Lozada, Publié dans "Courrier International", février 2001, nº535.
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