La question de lexploitation pétrolière en Amazonie est, pour certain pays, vitale. Au point de faire passer au second plan lenvironnement et les populations des régions pétrolifères. Cependant, ce volontarisme politique ne va pas sans connaître des contraintes et des limites.
LES CHIFFRES DU PETROLE AMAZONIEN
Lexploitation du pétrole en Amazonie a des caractéristiques très différentes dun pays à lautre, du moins pour le Brésil, le Pérou ou lEquateur.
Au Brésil, il ny a pas de pétrole provenant de la région amazonienne car la prospection ny aurait pas encore débuté. La plus grande partie de la production (75 %), estimée à 66 millions de tonnes en 2000, vient de forages marins.
Au Pérou, la production pétrolière, chiffrée à 5 millions de tonnes en 2000, est en constante diminution depuis cinq ans et, en vingt ans, les réserves connues (42 millions de tonnes) ont chuté de 65 %. Il sagit, donc, dun secteur en régression et il ne semble pas que les projets actuels dinvestissement soient de nature à rectifier cette tendance.
Le cas de lEquateur est tout autre puisque sa production en 2000 a atteint vingt millions de tonnes et que ses réserves prouvées, au rythme actuel de production, sont de trente ans. Dans les cinq années à venir, le montant des investissements pour les principaux projets (nouvel oléoduc, mise en exploitation de la zone Tiputini et nouvelle campagne dexploration) est estimé à plus de cinq milliards de dollars.
Si au regard des grands producteurs de pétrole (Etats-Unis : 298 millions de tonnes par an, Arabie Saoudite 371...) les productions de ces pays sont faibles, elles nen sont pas moins, pour chacun dentre eux, dun grand intérêt. Au Brésil, le pétrole couvre, mathématiquement, 70 % des besoins du pays, un peu moins de 65 % au Pérou et, en Equateur, même si la demande interne entraîne des importations dhydrocarbure faute de capacité de raffinage, plus de 60 % de la production est exportée.
De ces trois pays, lEquateur est le plus dépendant du pétrole puisque cette activité constitue 20 % de son PIB et que son apport au budget de lEtat représente 48 % des recettes. Lexploitation de cette richesse nationale est une priorité vitale. Un des problèmes de lEquateur est lévacuation de son pétrole (capacité insuffisante de loléoduc actuel, distance zone de production-port dexportation, franchissement de la Cordillère) mais les accords de paix signés en 1998 avec le Pérou prévoient une interconnexion de loléoduc équatorien avec celui du Pérou en sous-utilisation du fait de la baisse de la production en Amazonie péruvienne.
LES NUISANCES DU PETROLE SUR LE MILIEU NATUREL
Lexploitation du pétrole en Amazonie affecte les populations et le milieu naturel.
Outre louverture de routes, la déforestation et limportation de populations exogènes, les principales nuisances liées à lindustrie pétrolière sont :
- La prospection sismique qui crée beaucoup de dommages car elle ouvre des couloirs de quelques mètres de largeur sur des centaines de kilomètres de longueur. Ensuite, on y fait exploser de la dynamite à intervalles réguliers de manière à mesurer les ondes de réfraction dont lanalyse permet didentifier des indices de présence de pétrole dans le sous-sol.
- Lexploitation, quant à elle, génère, deux types de pollutions principales : celle liée au rejet de produits nocifs dextraction et celle venant des ruptures doléoduc. Deux méfaits qui affectent les sols et les eaux.
Il est évident que limpact sur la faune et la flore est fort. Quant aux populations, si elles sont affectées dans leur mode de vie traditionnel (chasse, pêche et cueillette), elles sont surtout victimes de la pollution des eaux qui provoque des infections cutanées, intestinales, voire des fausses couches ou des cancers.
NOUVELLE DONNE JURIDIQUE ET PRESSION DE L'OPINION
Tant de nouvelles dispositions légales, que la justice ou que des mouvements dopinion montrent que lexploration et lexploitation pétrolières ont des limites.
Tout dabord, ces dernières décennies, chaque pays concerné a mis en place des contraintes en promulguant des lois destinées à protéger lenvironnement ou à créer des espaces préservés, notamment des réserves naturelles. Toutefois, la corruption et le manque de moyens mis en oeuvre pour faire appliquer ou respecter ces règles limitent dautant la portée de ces mesures.
Toutefois, sur le plan du droit, un exemple montre combien une décision légale peut être aussi perverse que salutaire. En Equateur, en 1990, le Président Borja reconnaît en propriété collective près de 700.000 hectares à la tribu Huaorani dont les territoires ancestraux englobent des zones pétrolifères. Si, sur le plan de la propriété légale, cette décision fut une grande avancée pour les Huaorani, la conséquence immédiate fut de soumettre ces territoires ancestraux au droit commun. Or, le droit commun des sols stipule que la propriété ne concerne que la surface des sols. En dautres termes, que le sous-sol où se trouve le pétrole est la propriété de lEtat. De cette manière et pour ce cas, la prospection pétrolière reçu un fondement juridique incontestable.
La pression de lopinion indigène relayée par des institutions scientifiques déterminées peut pourtant venir à bout dexplorations légales. La filiale dElf Aquitaine au Brésil, Braselfa, en sait quelque chose pour avoir été contrainte à renoncer à une concession obtenue dans lEtat Amazonas au Brésil. Autorisée par lEtat Brésilien et ayant reçu laval de la FUNAI (organisation étatique brésilienne de défense des indigènes), la prospection sismique commence. Toutefois, les indiens Sateré-Mawé et Mundurucu combattent cette activité qui perturbe leur vie traditionnelle : un procès est initié, le Sénat fédéral brésilien est informé et des scientifiques français sassocient à la lutte des indiens. Et en 1984, une confrontation-conciliation est organisée à Manaus, Breselfa renonce à sa concession et indemnise les indiens.
Sur le plan de la justice et de la pression de lopinion un autre exemple peut-être cité : celui dun procès mené par un groupe dindigènes équatoriens devant un tribunal de New-York. En 1993, appuyés par une importante campagne de presse, 75 indiens de différentes tribus demandaient à la compagnie Texaco une indemnisation de 1,5 milliard de dollars pour les dommages créés par 30 ans dexploitation pétrolière. Déboutés en première instance, le tribunal sest déclaré incompétent, les indiens ont fait appel de cette décision en janvier 2002.
Ce genre daction donne à croire que la justice pourrait rétablir un certain équilibre et contraindre les Etats et les compagnies exploitantes à plus de précaution.
Sil va de soi que cette activité, compte tenu des enjeux de développement, ne sarrêtera pas pour autant, elle devra, en revanche et à cause de ce genre de procès, de la pression de lopinion internationale et des lois écologiques locales, aller vers plus de respect des milieux naturels et des hommes qui y vivent.
NB : Le Vénézuela nest pas mentionné dans cet article car il ne fait pas parti des pays traversés par lexpédition.
Philippe HERRIAU pour lExpédition Carishina, Quito, janvier 2002.
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