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Le pétrole en Amazonie


“ Pour nous, les colons sont les pires, ils créent des disputes et s’installent sur nos terres”

Déclaration d’un huaorani.


“ Il ne peut y avoir une nation à l’intérieur de la nation”

Rodrigo BORJA, Président de la République d’Equateur de 1988 à 1992.




La question de l’exploitation pétrolière en Amazonie est, pour certain pays, vitale. Au point de faire passer au second plan l’environnement et les populations des régions pétrolifères. Cependant, ce volontarisme politique ne va pas sans connaître des contraintes et des limites.


LES CHIFFRES DU PETROLE AMAZONIEN

L’exploitation du pétrole en Amazonie a des caractéristiques très différentes d’un pays à l’autre, du moins pour le Brésil, le Pérou ou l’Equateur.

Au Brésil, il n’y a pas de pétrole provenant de la région amazonienne car la prospection n’y aurait pas encore débuté. La plus grande partie de la production (75 %), estimée à 66 millions de tonnes en 2000, vient de forages marins.

Au Pérou, la production pétrolière, chiffrée à 5 millions de tonnes en 2000, est en constante diminution depuis cinq ans et, en vingt ans, les réserves connues (42 millions de tonnes) ont chuté de 65 %. Il s’agit, donc, d’un secteur en régression et il ne semble pas que les projets actuels d’investissement soient de nature à rectifier cette tendance.

Le cas de l’Equateur est tout autre puisque sa production en 2000 a atteint vingt millions de tonnes et que ses réserves prouvées, au rythme actuel de production, sont de trente ans. Dans les cinq années à venir, le montant des investissements pour les principaux projets (nouvel oléoduc, mise en exploitation de la zone Tiputini et nouvelle campagne d’exploration) est estimé à plus de cinq milliards de dollars.

Si au regard des grands producteurs de pétrole (Etats-Unis : 298 millions de tonnes par an, Arabie Saoudite 371...) les productions de ces pays sont faibles, elles n’en sont pas moins, pour chacun d’entre eux, d’un grand intérêt. Au Brésil, le pétrole couvre, mathématiquement, 70 % des besoins du pays, un peu moins de 65 % au Pérou et, en Equateur, même si la demande interne entraîne des importations d’hydrocarbure faute de capacité de raffinage, plus de 60 % de la production est exportée.

De ces trois pays, l’Equateur est le plus dépendant du pétrole puisque cette activité constitue 20 % de son PIB et que son apport au budget de l’Etat représente 48 % des recettes. L’exploitation de cette “richesse nationale” est une priorité vitale. Un des problèmes de l’Equateur est l’évacuation de son pétrole (capacité insuffisante de l’oléoduc actuel, distance zone de production-port d’exportation, franchissement de la Cordillère) mais les accords de paix signés en 1998 avec le Pérou prévoient une interconnexion de l’oléoduc équatorien avec celui du Pérou en sous-utilisation du fait de la baisse de la production en Amazonie péruvienne.




LES NUISANCES DU PETROLE SUR LE MILIEU NATUREL

L’exploitation du pétrole en Amazonie affecte les populations et le milieu naturel.

Outre l’ouverture de routes, la déforestation et l’importation de populations exogènes, les principales nuisances liées à l’industrie pétrolière sont :

- La prospection sismique qui crée beaucoup de dommages car elle ouvre des couloirs de quelques mètres de largeur sur des centaines de kilomètres de longueur. Ensuite, on y fait exploser de la dynamite à intervalles réguliers de manière à mesurer les ondes de réfraction dont l’analyse permet d’identifier des indices de présence de pétrole dans le sous-sol.
- L’exploitation, quant à elle, génère, deux types de pollutions principales : celle liée au rejet de produits nocifs d’extraction et celle venant des ruptures d’oléoduc. Deux méfaits qui affectent les sols et les eaux.

Il est évident que l’impact sur la faune et la flore est fort. Quant aux populations, si elles sont affectées dans leur mode de vie traditionnel (chasse, pêche et cueillette), elles sont surtout victimes de la pollution des eaux qui provoque des infections cutanées, intestinales, voire des fausses couches ou des cancers.




NOUVELLE DONNE JURIDIQUE ET PRESSION DE L'OPINION

Tant de nouvelles dispositions légales, que la justice ou que des mouvements d’opinion montrent que l’exploration et l’exploitation pétrolières ont des limites.

Tout d’abord, ces dernières décennies, chaque pays concerné a mis en place des contraintes en promulguant des lois destinées à protéger l’environnement ou à créer des espaces préservés, notamment des réserves naturelles. Toutefois, la corruption et le manque de moyens mis en oeuvre pour faire appliquer ou respecter ces règles limitent d’autant la portée de ces mesures.

Toutefois, sur le plan du droit, un exemple montre combien une décision légale peut être aussi perverse que salutaire. En Equateur, en 1990, le Président Borja reconnaît en propriété collective près de 700.000 hectares à la tribu Huaorani dont les territoires ancestraux englobent des zones pétrolifères. Si, sur le plan de la propriété légale, cette décision fut une grande avancée pour les Huaorani, la conséquence immédiate fut de soumettre ces territoires ancestraux au droit commun. Or, le droit commun des sols stipule que la propriété ne concerne que la surface des sols. En d’autres termes, que le sous-sol où se trouve le pétrole est la propriété de l’Etat. De cette manière et pour ce cas, la prospection pétrolière reçu un fondement juridique incontestable.

La pression de l’opinion indigène relayée par des institutions scientifiques déterminées peut pourtant venir à bout d’explorations légales. La filiale d’Elf Aquitaine au Brésil, Braselfa, en sait quelque chose pour avoir été contrainte à renoncer à une concession obtenue dans l’Etat Amazonas au Brésil. Autorisée par l’Etat Brésilien et ayant reçu l’aval de la FUNAI (organisation étatique brésilienne de défense des indigènes), la prospection sismique commence. Toutefois, les indiens Sateré-Mawé et Mundurucu combattent cette activité qui perturbe leur vie traditionnelle : un procès est initié, le Sénat fédéral brésilien est informé et des scientifiques français s’associent à la lutte des indiens. Et en 1984, une confrontation-conciliation est organisée à Manaus, Breselfa renonce à sa concession et indemnise les indiens.

Sur le plan de la justice et de la pression de l’opinion un autre exemple peut-être cité : celui d’un procès mené par un groupe d’indigènes équatoriens devant un tribunal de New-York. En 1993, appuyés par une importante campagne de presse, 75 indiens de différentes tribus demandaient à la compagnie Texaco une indemnisation de 1,5 milliard de dollars pour les dommages créés par 30 ans d’exploitation pétrolière. Déboutés en première instance, le tribunal s’est déclaré incompétent, les indiens ont fait appel de cette décision en janvier 2002.
Ce genre d’action donne à croire que la justice pourrait rétablir un certain équilibre et contraindre les Etats et les compagnies exploitantes à plus de précaution.

S’il va de soi que cette activité, compte tenu des enjeux de développement, ne s’arrêtera pas pour autant, elle devra, en revanche et à cause de ce genre de procès, de la pression de l’opinion internationale et des lois écologiques locales, aller vers plus de respect des milieux naturels et des hommes qui y vivent.

NB : Le Vénézuela n’est pas mentionné dans cet article car il ne fait pas parti des pays traversés par l’expédition.



Philippe HERRIAU pour l’Expédition Carishina, Quito, janvier 2002.



Sources :

--- GHEERBRANT, Alain, L'Amazone, un géant blessé, Paris, éd. Grasset.
--- RIVAS TOLEDO, Alex et LARA PONCE, Rommel, Conservación y petróleo, Quito, éd. Abya Yala.
--- Sites internet des Poste d'Expansion Economique français d'Equateur, du Pérou et du Brésil.
--- Presse équatorienne.