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Les Huaorani


« Les envahisseurs nous tuaient et nous mangeaient, plus particulièrement les plus jeunes d’entre nous »

Témoignage d’ACA, une veille femme huaorani à propos des blancs.




Vivant en Amazonie équatorienne (plus précisément entre le Rio Napo et le Rio Curaray), les Huaorani sont estimés à moins de 2.000 individus dont les Tagaeri qui ne seraient plus que quelques dizaines.

Leur territoire ancestral recouvrait plus de 2 millions d’hectares. En 1990, le Président équatorien Borja leur a concédé une propriété collective d’un peu moins de 700.000 hectares. La prospection pétrolière, les colons et les indiens Quechua les ont repoussés loin des axes principaux. Ils se sont notamment éloignés de la rive sud du Rio Napo. Les Huaorani Tagaeri qui sont restés fidèles au mode de vie traditionnel, sont, eux, situés vers le Rio Cunchiyacu.




Précédemment un parc naturel avait été créé en 1979, le Parc Yasuni reconnu réserve mondiale de biosphère par l’UNESCO, et une zone d’intangibilité (excluant donc théoriquement toute exploitation pétrolière) a été instituée par un Décret Présidentiel en 1999. Toutefois, les moyens mis en oeuvre pour contrôler les entrées de ce parc et les activités qui s’y déroulent sont insuffisants. Quant à la zoneintangible, la carte délimitant ses contours n’a jamais été annexée au Décret.

De manière générale, les Huaorani restent indifférents à ces découpages administratifs.

La réputation de tueurs des Huaorani est forte. A ce propos, deux épisodes meurtriers les concernant peuvent être évoqués. En 1956, cinq missionnaires évangélistes nord-américains tentent une première approche et se font tuer à coups de lance. En 1987, les Huaorani tuent de la même manière le Vicaire Apostolique d’Aguarica et une sœur missionnaire qui l’accompagnait.

Toutefois, aujourd’hui, seuls les Tagaeri continuent à tuer pour défendre leur territoire. Les autres Huaorani, - s’ils conservent de leur mode de vie ancestral des velléités meurtrières (brandir la lance ou blesser par son usage) -, n’auraient pas tué depuis 1987.

Vivant traditionnellement de la pêche, de la chasse et de la cueillette, les Huaorani, hormis les Tagaeri, en viennent progressivement à unnotre mode de vie occidentalisé. En 1958, le premier contact pacifique est réalisé par des évangélistes américains appartenant à l’Instituto Linguistico del Verano (l’ILV ou Summer Institute of Linguistique). Il s’établit avec des femmes Huaorani qui fuient les guerres perpétuelles entre les clans. L’ILV (autorisé à prêcher en terre équatorienne par le Président Velasco Ibarra au début des années 50) mena, outre une évangélisation intransigeante, des projets linguistiques (mise en place d’un dictionnaire et d’une grammaire de manière à traduire la Bible en langue huaorani) mais, surtout, les sédentarisa en les regroupant autour de Tihueno sur le Rio Curaray.

Leur évangélisation signifia, aussi, l’édiction d’interdits contraires à leurs us et coutumes : interdiction de la polygamie, de tuer, de vivre nu... Elle signifia, aussi, l’apport de maladies comme la poliomyélite.

Dans le même temps, la compagnie Texaco découvrait les premiers gisements pétroliers en territoire huaorani.




Une thèse, retrouvée sous deux plumes différentes, soutient qu’aurait existé une action concertée et convergente de l’Etat équatorien, des compagnies pétrolières américaines et des évangélistes pour écarter les Huaorani de leur territoire afin d’en extraire le pétrole. Pour ce qui concerne l’Etat équatorien, son action se fonde sur l’idée qu’il n’y a pas de nation (huaorani en l’occurrence) à l’intérieur de la Nation. Par ailleurs, sans l’exploitation du pétrole, qualifiée de “richesse nationale”, ce pays aurait connu plus de difficultés. En 2000, cette activité représentait 20 % du PNB équatorien et alimentait directement le budget de l’Etat à hauteur de 48 %.

L’entente entre Texaco et les évangélistes a été évoquée parce que son dirigeant de l’époque était, lui aussi, évangéliste.

Quoi qu’il en soit, les Huaorani sont dorénavant tributaires des compagnies pétrolières qui, pour pouvoir poursuivre leurs activités de prospection et d’exploitation, ne leur refusent rien : alimentation, médecine, moyens de communication, moteurs de bateau. Pour l’anecdote, les Huaorani seraient en train de négocier le don d’une avionnette.

Un homme de terrain qui connaît bien ce peuple fait remarquer que : “Avant, ils se servaient dans la forêt, maintenant, ils se servent auprès des pétroliers”… “Si cette abondance de biens, poursuit-il, leur procure une situation dont aucun autre peuple indigène équatorien ne bénéficie, l’éducation ne répond en rien au souhait des Huaorani qui, eux, voudraient entrer plus avant dans la société moderne”. Remarque s’inspirant du fait que l’Etat équatorien a délaissé, via des Plans Communautaires Contractuels, certaines de ses missions, notamment éducatives, pour les confier aux pétroliers dont les intérêts ne coïncident pas avec un développement à long terme qui conviendrait plus aux Huaorani.

Quoi qu’il en soit, les Huaorani se plaisent dans la consommation de ces biens mais, pour reprendre les mots d’une femme métisse qui, elle aussi, connaît bien les Huaorani : “Que deviendront-ils après le pétrole ?”



Philippe HERRIAU pour l’Expédition Carishina, Quito, décembre 2001.



Sources :

--- Entretiens avec Bertrand DUBAELE, géographe français et Richard SALAZAR, éthnologue équatorien.
--- RIVAS TOLEDO, Alex et LARA PONCE, Rommel, Conservación y petróleo, Quito, éd. Abya Yala.
--- RIVAL, Laura, Hijos del Sol, padres des jaguar,
Quito, 1996, éd. Abya-Yala.