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L'Amazonie : Un réservoir de biodiversité


« Le grand tort de la nature est de n’avoir pas su se borner à un seul règne. A côté du végétal, tout paraît inopportun, mal venu. Le soleil aurait dû bouder à l’avènement du premier insecte et déménager à l’irruption du chimpanzé »

Emile Michel Cioran.


« Si tu fais un projet sur un an, plante du riz,
Si tu fais un projet sur 10 ans, plante des arbres,
Si ton projet s’étale sur un siècle, éduque les hommes. »

Kuan Tzu




Une des caractéristiques les plus remarquables des forêts tropicales est leur énorme biodiversité. Elles ne couvrent que 7 % des terres émergées, mais abritent plus de la moitié des espèces vivantes.
Actuellement 1,5 millions d'espèces végétales et animales sont scientifiquement décrites. Selon les estimations les plus timides, le nombre total d'espèces se situerait entre 3 et 10 millions.




Alors que l’Europe, de l’Atlantique à l’Oural, renferme environ 120 espèces d’arbres pour une surface supérieure à 7 millions de kilomètres carrés (Ramade, 1999), on dénombre plus de 300 espèces d’arbres sur une surface de seulement 2 hectares en Amazonie (Gentry, 1988).
La partie occidentale de l’Amazonie se situe à l’écotone entre les flores amazonienne et sub-andine (Kahn et Granville, 1992 ; Kahn, 1997) ce qui lui confère la plus grande richesse en biodiversité floristique (Gentry, 1989) et un indice d’endémisme élevé (Varéa, 1995), mais également la plus grande diversité en espèces de palmiers (Kahn, 1997). Par exemple dans le parc national Yasuni, les scientifiques de l’université catholique de Quito ont énuméré environ 800 espèces (Renato Valencia R., 1999). La biodiversité en palmiers est un bon indicateur de cette richesse floristique puisque 34 des 39 genres de palmiers endémiques de la région amazonienne sont présents en Amazonie occidentale (Kahn et Granville, 1992). Sur la seule zone de l’Amazonie équatorienne, 24 genres représentant 70 espèces ont été recensés (Balslev et Barfod, 1987 ; Barfod, 1991).




A l'échelle macroscopique, la biodiversité augmente au fur et à mesure que l'on progresse des pôles vers l'équateur. Il en va de même de la pluviosité et du rayonnement solaire (FAO, 1990). Mais cette explication d'ordre climatique est insuffisante et ne justifie qu'en partie la variété des assemblages végétaux. Deux grandes écoles opposent alors leurs théories pour expliquer la diversité tropicale.
Pour G. Prance (Botaniste à Kew Gardens en Angleterre), il s'agit de cycles continuels de réchauffement et de refroidissement il y a 17,5 millions d’années qui auraient provoqué le morcellement de la forêt et la formation de refuges forestiers; zones où les forêts auraient persisté et évolué différemment. Il y a 10 000 ans, les forêts se seraient étendues de leurs zones refuges jusqu'à des zones de contacts aboutissant à un accroissement exponentiel du nombre d'espèces par spéciation et séléction naturelle. Certaines espèces n'auraient pas migré hors de leur zone refuge créant ainsi les espèces endémiques. Pour G. Prance, la formation d'espèces nouvelles est nulle depuis cette date, c'est-à-dire depuis l'arrivée des hommes dans les forêts tropicales.
Au contraire, pour W. Balée (Professeur d'anthropologie en Louisiane), c’est l'agriculture forestière indienne par la domestication des espèces et des paysages qui a diversifié les habitats, favorisant l'expansion d'espèces capables de s'adapter à différents milieux.

L’Amazonie est une mosaïque de forêts bien différentes par leur composition floristique, leur structure, leur physionomie et les palmiers peuvent servir à les caractériser (Pedersen et Balslev, 1990 ; Kahn et Granville, 1992 ; Kahn, 1997).


De cette forêt, on ne voit souvent que quelques végétaux au sol et le tronc des arbres sans en distinguer la cime. En effet, la forêt est agencée en étages dus aux différences d'exigence des plantes pour la lumière. Les grandes espèces dont les cimes forment la canopée sont des espèces qui aiment la lumière, dites héliophiles alors que les plantes de sous-bois, dites sciaphiles, vivent à l'ombre de ces grands arbres. A ce titre, les zones ouvertes (châblis ou bords de fleuve) sont les plus riches, en particulier en espèces colonisatrices.

Pour les populations forestières de l'Amazonie, les palmiers occupent une place honorable parmi les plantes indigènes utilisées, offrant une grande variété de matériaux de construction et d’aliments (Kahn, 1996).

De sommets de la terre (Rio de Janeiro, 1992) en conférences mondiales (Kyoto, 1998), les résolutions prises sont pavées de bonnes intentions. Mais la réalité demeure, chaque seconde 100 m2 de forêt tropicale continuent à disparaître. D’après le naturaliste E.O. Wilson, 17 500 espèces disparaissent chaque année, soit des centaines perdues avant même d’avoir été décrites…



Delphine GLUCHY, I.R.D. (Institut de Recherche pour le Développement), Quito



Sources :

--- BALEE W., 2000, Qui a planté les décors de l'Amazonie ?, La Recherche n° 333, Biodiversité ; l'homme est-il l'ennemi des autres espèces
?, Société d'Editions Scientifiques, Paris.
--- BALSLEV et BARFOD, 1987, and structure of adjacent unflooded and floodplain forest in Amazonian Ecuador.Opera bot.92:37.57.
--- CIORAN E.M., 1973, De l'inconvénient d'être né
, in Hallé F., 1999, L'éloge de la plante, pour une nouvelle biologie, Editions Seuil, Paris, p 181.
--- CLEMENT C.R., 1996, "Fruits et graines de la forêt amazonienne : composition, production et utilisations pour un développement durable" in L'alimentation en foret tropicale, interactions bioculturelles,
p 244-260.
--- *FAO, 1990, Forest ressource assesment, Tropical countries
, Rome, 1993.
--- *GENTRY A.H., 1988, Annals of the Missouri Botanical Garden
, in Balée W., 2000, Qui a planté les décors de l'Amazonie ?, La Recherche n° 333, Biodiversité ; l'homme est-il l'ennemi des autres espèces ?, Société d'Editions Scientifiques, Paris.
--- GENTRY A.H., 1989, "Norwest South America", in Kahn, Les palmiers de l'Eldorado
, Ed. ORSTOM, Paris.
--- *KAHN F. et GRANVILLE J.J., 1992, Palms in forest ecosystems of Amazonia
, Springer Verlag, Berlin.
--- KAHN F., 1996, Les palmeraies amazoniennes et aménagements forestiers, L'alimentation en foret tropicale, interactions bioculturelles, p 262-274.
--- *KAHN F., 1997, Les palmiers de l'eldorado
, Ed. ORSTOM, Paris.
--- LESCURE J.P.,BALSLEV H. et ALARCON R., 1987, Plantas utiles de la Amazonia Ecuatoriana
, ORSTOM, PUCE, INCRE and PRONAREG, QUITO.
--- PEDERSEN et BALSLEV, 1990, Ecuadorean Palms for Agroforestry, AAU reports, Botanical Institute Aarhus University, Pontifica Universidad Catolica del Ecuador, Quito.
--- *PRANCE G.T., 1987, Biogeography of neotropical plants
, inT.C. Whitemore et G.T. Prance (eds.), Biogeography and quaternary history in tropical america, Oxford, UK, Clarendon Press.
--- RAMADE F., 1999, Conservation des milieux naturels
, in Dictionnaire d'écologie, Encyclopaedia universalis, Ed. Albin Michel, p 860.
--- RENATO VALENCIA R, 1999, "Dinamica del bosque Yasuni : el movimiento de los arboles bajo lupa" in Nuestra Cuenca
n°1, p 25-28.
--- WILSON E.O., 1992, The current state of biological diversity.