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Fitzcarrald (1862 - 1897)


“La propreté, l’élégance et l’aménagement n’avaient rien à envier aux meilleurs vapeurs européens”

Paroles d’un invité sur le bateau amiral de la flotte de Fitzcarrald.




Ce caoutchouquier péruvien diffère du héros du film de Werner Herzog “Fitzcarraldo”. Le personnage historique est moins fantastique, même si, doué d’une volonté hors du commun, il réussit, en moins de dix ans, à bâtir un véritable empire en Amazonie péruvienne. Sa découverte de l’isthme qui porte son nom lui vaut une honorable et légitime réputation au Pérou.




Né d’un père nord-américain et d’une mère créole péruvienne, Fitzcarrald semble avoir eu une jeunesse agitée puisqu’à une époque il aurait vécu sous un faux patronyme et qu’il aurait été soupçonné d’espionnage en faveur de l’ennemi chilien. Quoi qu’il en soit, de la fin de ses études à Lima en 1875 à sa réapparition à Iquitos en 1887, à l’âge de 25 ans, on ignore à peu près tout de sa vie. En 1888, quelques années après le début de l’ère péruvienne du caoutchouc, il est déjà considéré comme étant très riche. Son domaine est celui du sud de l’Amazonie péruvienne, sur les rives de l’Ucayali et, au-delà, sur celles du Madre de Dios. Il est à peu près certain que cette conquête se fit par la force et les Winchester et qu’il tenait en quasi-esclavage la plu part des Indiens de son empire. Seuls les Amarakaeri résistèrent à cette invasion mais au prix d’un lourd tribut.

A sa mort accidentelle, on considère qu’il était à la tête d’un millier d’Indien susceptible, à l’occasion, de se transformer en armée privée. D’autre part, il avait obtenu en 1896 l’exclusivité de navigation sur les fleuves Alto Ucayali, Urubamba, Manu et Madre de Dios. Enfin, sa maison, dont le jardinier était chinois, et son navire amiral, “El Bermudéz”, étaient des lieux, en pleine Amazonie, oú l’on y menait une vie des plus raffinées.




Au-delà de cette ascension foudroyante, Fitcarrald est surtout connu pour avoir découvert, à 31 ans, en 1893, l’isthme qui porte son nom et qui fait communiquer le bassin enclavé du Madre de Dios avec celui de l’Urubamba et, donc, avec celui de l’Amazone. Cette nouvelle route marchande aurait dû permettre au caoutchouc de la Madre de Dios et de la Bolivie de sortir à moitié prix. Suite à cette découverte, il s’associe avec deux autres barons du caoutchouc : les boliviens Nicolas Suarez puis Antonio Vaca Diez. Ce véritable quartel avait les moyens de ses hautes ambitions, mais, en juillet 1897, Fitzcarrald et Vaca Diez meurent noyés dans le naufrage de leur bateau. Et l’empire de Fitzcarrald s’effondra aussi vite qu’il se constitua.

Fitzcarrald fut l’emblème contesté de cette conquête de l’Amazonie péruvienne mais il est vrai que l’Etat péruvien, à l’époque, ne contrôlait quasiment pas ces territoires.



Philippe HERRIAU pour l’Expédition Carishina, Quito, février 2002.



Source :

- PENNANO. G, La economia del caucho
, Lima, 1988.
- GEORGESCU – PIPERA, Sur les traces de Fitzcarrald, Arles, 1996.