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L'Esprit de l'Aventure


“Il plut à Notre Seigneur Jésus-Christ de nous aider et de nous secourir, ainsi qu’il l’a toujours fait en ce voyage, où nous avons été portés comme des gens perdus, sans savoir où nous étions ni où nous allions, ni ce qu’il adviendrait de nous”

Fray Gaspar de Carbajal, “Relation de la première descente de l’Amazone”




Lorsque qu’un soir de septembre 2001, sur une plage du Pacifique, Alain confiait à Philippe et Yann son rêve d’enfant de rejoindre Manaus par les fleuves, nous ne pensions pas qu’il nous faudrait une année de travail acharné pour mener à bien ce projet, d’autant plus qu’en quelques jours à peine, avec Beto et William, notre équipe était constituée.




Cherchant à donner un sens à notre aventure, nous pensions initialement suivre les pas de Charles Marie de La Condamine. Hélas, notre projet de parcours ne les suivait que partièlement. En revanche, durant notre préparation, nous découvrîmes qu’en naviguant sur le Napo puis sur l’Amazone, nous serions sur les traces du Conquistador espagnol Francisco de Orellana, l’inventeur de l’Amazone.




Consigné par son compagnon de route le frère Gaspar de Carbajal, le récit de son aventure le décrivent, lui et ses cinquante-sept guerriers, errant courageusement dans un inconnu parfois d’une incroyable hostilité. Une Amazonie qui passait d’une forêt vierge quasi-inhabitée, celle des piedmonts andins, à une Amazonie de plus en plus plus peuplée au fur et à mesure qu’approchait l’Océan Atlantique.




Avant le départ, nous pensions qu’aucune comparaison ne serait possible entre ce récit du XV siècle et ce que nous allions vivre. D’autant plus que, dès le milieu de XVIII siècle, La Condamine disait n’avoir rencontré aucune des tribus décrites par Gaspar de Carbajal. Les vagues successives de colonisation avaient repoussè les Indiens loin des berges des fleuves amazoniens. Ils fuyaient tandis que les colons, arrivant des bouches du Grand Fleuve, tentaient de s’installer.




Alors, la croyant sans objet, nous oubliâmes un peu cette perspective comparative.

Cependant, au terme de notre aventure, apparu un point de similitude entre notre voyage et l’aventure des Conquistadors. Nous aussi, partis des fleuves andins, ceux d’Equateur et du Pérou, nous découvrîmes tout d’abord une forêt des plus intactes pour parvenir ensuite à l’Amazonie riveraine du Grand Fleuve, celle surtout brésilienne, déjà intégrée à un monde qui n’est plus celui de la forêt.




Ainsi, au fil des siècles, une constante demeure : parcourir l’Amazone des Andes vers l’Atlantique signifie toujours passer de la forêt vierge à la forêt occupée, voire disparue; les transumances humaines et la régression du milieu naturel partent toujours de l’embouchure de l’Amazone vers ses sources lointaines.

Les aventuriers, eux, préfèrèrent et préfèrent toujours parcourir cet espace dans le sens inverse.



L’Expédition Carishina, Quito, 19 septembre 2002.