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Premiers contacts


“Mais, les Indiens des missions et les sauvages qui jouissent de leur liberté étant pour le moins aussi bornés, pour ne pas dire aussi stupides, que les autres, on ne peut voir sans humiliation combien l’homme abandonné à la simple nature, privé d’éducation et de société, diffère peu de la bête”

Charles-Marie de La Condamine.


“Si vous (les non-Indiens) aviez voulu, vous nous auriez écrasé comme des fourmis”

un chef Indien suite à un premier contact.




Entre les premières descriptions faites par Gaspar de Carbajal, le volontarisme missionnaire, les jugements lapidaires d’hommes tels que La Condamine qui pourtant avait le privilège d’être éduqués et la stratégie d’approche de la Funaie (organisme public de défense des Indiens du Brésil), les premières rencontres sont un nœud symbolique et émouvant entre deux civilisations qui acceptent de se rapprocher.

Il nous a semblé intéressant, à ce titre, d’en évoquer quelques-unes.

Pour bien cerner une des réalités indiennes, il faut conserver à l’esprit l’immensité de la forêt dont certaines parties vierges peuvent atteindre la taille d’un pays européen. Au Brésil, il y a dix ans, on avait repéré une cinquantaine de groupes qui n’avaient pas encore été approchés.

Le risque principal, pour le non-Indien, est la mort violente et, pour l’Indien, la maladie qui tua bien plus que n’importe quel autre mauvais traitement.




AVEC LES ARARAS

Les Araras habitent la région de l’embouchure du Xingu (Brésil). A l’occasion de la construction de la Transamazonienne, la Funai commença à entrer en contact avec eux au début des années soixante. C’est un échec répété qui se solde par le fléchage de plusieurs Blancs.

Une nouvelle méthode basée sur la patience est imaginée par Sydney Possuelo. Il installe son camp en limite des territoires des Araras et interdit à tous de s’installer ou de passer sur leur territoire. Au bout de quatre mois, le camp subit une attaque avec mort d’homme. Possuelo insiste et au bout de 10 mois, il considère que le contact est établi.

Sa méthode est la suivante : en limite de leur territoire, il installe des petits abris sous lesquels sont accrochés des cadeaux.

Trois possibilités :

- les Indiens détruisent ces offrandes cela signifie qu’en aucun cas ils ne souhaitent le moindre contact,
- les indiens prennent les cadeaux, cela signifie qu’il n’y a plus d’hostilité mais qu’ils ne souhaitent pas pour autant de contact physique
- les indiens prennent les cadeaux et en déposent eux-même, cela signifie que les Indiens sont d’accord pour avoir le premier contact.

Les cadeaux aux Indiens sont la plupart du temps des outils métalliques ou des armes blanches. Ceux des indigènes vont de la plume au morceau de viande boucanée.

Une fois le contact pacifique établi, les Indiens veulent tout savoir des Blancs et veulent des présents à tout instant et de toute nature. Ils deviennent insatiables et perdent toute crainte.

Pour répondre à cette curiosité, Possuelo décide de mener onze Araras à Altamira, la grande ville de la région. Hormis la vive curiosité des Blancs, tout se passe bien mais très peu de temps après leur retour en forêt, une épidémie de grippe se déclare : 4 des 11 Araras moururent.

Source : “Autrement : l’Amazone”, 1990, entretien entre Jean-Jaques Sevilla et Sydney Possuelo.


AVEC DES YANOMAMI GUAHARIBO

Alain Gheerbrant raconte cette étonnante rencontre faite d’habileté, de crainte et de succès relatif.

Un beau matin, ils se retrouvent en pyjama face à une pirogue sur laquelle est installé le plénipotentiaire Guaharibo protégé par un Indien ayant son arc bandé en leur direction.

Par l’exigence d’onomatopées répétées, les blancs donnent tout ce qu’ils ont à portée de mains jusqu’à se retrouver nu : un véritable hold-up ! Toutefois, avertis qu’ils sont, les explorateurs retournent la situation et se mettent, eux aussi, à exiger des cadeaux jusqu’à recevoir l’arc et les flèches de celui qui les tenait en joue.

Source : “L’Expédition Orénoque-Amazone”, Alain Gheerbrant, Paris 1952.


AVEC DES HUAORANI

Le premier contact avec les Huaorani est fameux. En effet, un pré-contact, en 1956, se solda par la mort des 5 missionnaires évangélistes nord-américains et, vraisemblablement, par, la mort de quelques huaoranis. Les missionnaires appartiennent à l’Instituto Linguistico del Verano (I.L.V.) qui veut les évangéliser. La scène eut lieu sur une plage du Rio Curaray, en Amazonie équatorienne. Les sœurs évangélistes Saint et Elliot, respectivement épouse et sœur des deux pilotes tués en 1956, s’installent en bordure des territoires huaorani dans l’attente d’un contact pacifique.

Il a lieu en 1958 au travers d’une jeune femme huaorani, Dayuma, qui fuit son groupe après avoir survécu à la vengeance d’autres huaoranis. Les deux sœurs apprennent la langue et l’I.LV tente d’autres contacts avec les membres de la famille de Dayuma : par les airs, ils envoient messages et cadeaux. Au bout de quelques mois, ceux-ci quittent la forêt et se regroupent à Tihueno. Le travail d’évangélisation commence et se poursuit jusqu’en 1982 quand un décret du Président équatorien réduit l’activité de l’I.L.V. en Equateur.

La présence de ces deux femmes étrangères chez les Huaorani fut rendue possible par la règle selon laquelle le groupe doit recueillir les femmes isolées. Or il se trouve que le frère de Saint fut tué par celui de Dayuma et, selon les dires des Huaorani, qu’inversement, le frère de Saint aurait tué celui de Dayuma. Faits et dires qui autorisèrent cette présence étrangère et permit à Dayuma de revenir dans son groupe.

Sources : “Hijos del Sol, Padres del Jaguar”, Laura Rival, Abya-Yala, Quito, 1996.



Philippe HERRIAU pour l’Expédition Carishina, Quito, février 2002.