Entre les premières descriptions faites par Gaspar de Carbajal, le volontarisme missionnaire, les jugements lapidaires dhommes tels que La Condamine qui pourtant avait le privilège dêtre éduqués et la stratégie dapproche de la Funaie (organisme public de défense des Indiens du Brésil), les premières rencontres sont un nud symbolique et émouvant entre deux civilisations qui acceptent de se rapprocher.
Il nous a semblé intéressant, à ce titre, den évoquer quelques-unes.
Pour bien cerner une des réalités indiennes, il faut conserver à lesprit limmensité de la forêt dont certaines parties vierges peuvent atteindre la taille dun pays européen. Au Brésil, il y a dix ans, on avait repéré une cinquantaine de groupes qui navaient pas encore été approchés.
Le risque principal, pour le non-Indien, est la mort violente et, pour lIndien, la maladie qui tua bien plus que nimporte quel autre mauvais traitement.
AVEC LES ARARAS
Les Araras habitent la région de lembouchure du Xingu (Brésil). A loccasion de la construction de la Transamazonienne, la Funai commença à entrer en contact avec eux au début des années soixante. Cest un échec répété qui se solde par le fléchage de plusieurs Blancs.
Une nouvelle méthode basée sur la patience est imaginée par Sydney Possuelo. Il installe son camp en limite des territoires des Araras et interdit à tous de sinstaller ou de passer sur leur territoire. Au bout de quatre mois, le camp subit une attaque avec mort dhomme. Possuelo insiste et au bout de 10 mois, il considère que le contact est établi.
Sa méthode est la suivante : en limite de leur territoire, il installe des petits abris sous lesquels sont accrochés des cadeaux.
Trois possibilités :
- les Indiens détruisent ces offrandes cela signifie quen aucun cas ils ne souhaitent le moindre contact,
- les indiens prennent les cadeaux, cela signifie quil ny a plus dhostilité mais quils ne souhaitent pas pour autant de contact physique
- les indiens prennent les cadeaux et en déposent eux-même, cela signifie que les Indiens sont daccord pour avoir le premier contact.
Les cadeaux aux Indiens sont la plupart du temps des outils métalliques ou des armes blanches. Ceux des indigènes vont de la plume au morceau de viande boucanée.
Une fois le contact pacifique établi, les Indiens veulent tout savoir des Blancs et veulent des présents à tout instant et de toute nature. Ils deviennent insatiables et perdent toute crainte.
Pour répondre à cette curiosité, Possuelo décide de mener onze Araras à Altamira, la grande ville de la région. Hormis la vive curiosité des Blancs, tout se passe bien mais très peu de temps après leur retour en forêt, une épidémie de grippe se déclare : 4 des 11 Araras moururent.
Source : Autrement : lAmazone, 1990, entretien entre Jean-Jaques Sevilla et Sydney Possuelo.
AVEC DES YANOMAMI GUAHARIBO
Alain Gheerbrant raconte cette étonnante rencontre faite dhabileté, de crainte et de succès relatif.
Un beau matin, ils se retrouvent en pyjama face à une pirogue sur laquelle est installé le plénipotentiaire Guaharibo protégé par un Indien ayant son arc bandé en leur direction.
Par lexigence donomatopées répétées, les blancs donnent tout ce quils ont à portée de mains jusquà se retrouver nu : un véritable hold-up ! Toutefois, avertis quils sont, les explorateurs retournent la situation et se mettent, eux aussi, à exiger des cadeaux jusquà recevoir larc et les flèches de celui qui les tenait en joue.
Source : LExpédition Orénoque-Amazone, Alain Gheerbrant, Paris 1952.
AVEC DES HUAORANI
Le premier contact avec les Huaorani est fameux. En effet, un pré-contact, en 1956, se solda par la mort des 5 missionnaires évangélistes nord-américains et, vraisemblablement, par, la mort de quelques huaoranis. Les missionnaires appartiennent à lInstituto Linguistico del Verano (I.L.V.) qui veut les évangéliser. La scène eut lieu sur une plage du Rio Curaray, en Amazonie équatorienne. Les surs évangélistes Saint et Elliot, respectivement épouse et sur des deux pilotes tués en 1956, sinstallent en bordure des territoires huaorani dans lattente dun contact pacifique.
Il a lieu en 1958 au travers dune jeune femme huaorani, Dayuma, qui fuit son groupe après avoir survécu à la vengeance dautres huaoranis. Les deux surs apprennent la langue et lI.LV tente dautres contacts avec les membres de la famille de Dayuma : par les airs, ils envoient messages et cadeaux. Au bout de quelques mois, ceux-ci quittent la forêt et se regroupent à Tihueno. Le travail dévangélisation commence et se poursuit jusquen 1982 quand un décret du Président équatorien réduit lactivité de lI.L.V. en Equateur.
La présence de ces deux femmes étrangères chez les Huaorani fut rendue possible par la règle selon laquelle le groupe doit recueillir les femmes isolées. Or il se trouve que le frère de Saint fut tué par celui de Dayuma et, selon les dires des Huaorani, quinversement, le frère de Saint aurait tué celui de Dayuma. Faits et dires qui autorisèrent cette présence étrangère et permit à Dayuma de revenir dans son groupe.
Sources : Hijos del Sol, Padres del Jaguar, Laura Rival, Abya-Yala, Quito, 1996.
Philippe HERRIAU pour lExpédition Carishina, Quito, février 2002.
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