Il y a pas de grand voyage sans étude scientifique. En Amazonie, les scientifiques restent de grand aventuriers et nous sommes heureux d'avoir pu associer notre expédition à une étude scientifique de haut niveau.
En effet sur le Rio Napo, Philippe Magat de l'I.R.D. (Institut de Recherche pour le Développement) et Rodrigo Pombosa de l' I.N.A.M.H.I. (Instituto nacional de Meteo y Hydrologia de Quito) étaient à nos côtés pour pratiquer des mesures. Ils travaillent pour un programme scientifique international et pluri annuel qui étudie le bassin de l'Amazone.
Il faut préciser que, jusqu'à présent, le bassin de l'Amazone grand comme onze fois la France, n'a jamais été étudié dans sa globalité.
Ce programme, le projet H.Y.B.A.M. a débuté en 1994 au Brésil et s'est ensuite étendu aux autres pays Amazoniens tels la Bolivie, l'Equateur et le Pérou. Dans chacun de ces pays, les Instituts Nationaux d'Hydrologie mênent des recherches en coopération avec l'I.R.D.
Outre la climatologie du bassin, les études portent sur le Grand Fleuve et ses affluents dans toutes leurs composantes (hydrologie, flux sédimentaires et géochimie) et visent à suivre et comprendre leurs variations saisonnières afin de modéliser leur fonctionnement global.
Des technologies de dernière génération sont mises en oeuvre comme, par exemple, l'usage d'appareils à effet Doppler pour explorer, voire « radiographier » des sections perpendiculaires des fleuves. Les données s'accumulent mais, compte tenu de l'irrégularité saisonnière des débits de ces cours d'eau, il faut faire et refaire les mesures plusieurs fois et à différentes époques de l'année.
L'I.R.D. de Quito sous la direction d'Alain Laraque, hydrologue sédimentologue, étudie plus particulièrement le Rio Napo, affluent de l'Amazone au niveau du Pérou. Son but est de mesurer les apports sédimentaires et géochimiques andins évacués par le Napo vers l'Amazone et de quantifier leurs variations temporelles afin d'étudier les phénomènes d'érosion dans les Andes et de sédimentation dans les plaines.
Lorsque Philippe et Rodrigo firent leurs premières mesures à El Coca, sur une courbe du Rio Napo, nous apprenions que le fleuve mesurait déjà 220 mètres de large (deux fois plus que la Seine à Paris), qu'il charriait 1.800 mètres cube d'eau par seconde et que sa profondeur mesurait jusqu'à treize mètres. Et nous étions encore à plus de quatre mille kilomètres de l'océan Atlantique !
L'Expédition est heureuse d'avoir apporter sa contribution, si modeste soit-elle, à cette étude jamais réalisée jusqu'à aujourd'hui et, ainsi, de renouer avec la grande tradition des expéditions scientifiques amazoniennes dont Charles Marie de La Condamine fut, au XVIIième siècle, le pionnier en établissant , par exemple, une des premières cartes scientifiques de l'Amazone en rectifiant celle établie par le Jésuite Samuel Fritz.
LExpédition Carishina, Quito, Avril 2003.
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