Lien précédent :: Home Page :: Lien suivant

Exhibition du premier baril de pétrole équatorien


Extrait d’un article, “El pais de los nuevos probres”,

par Sylvana de Larrea paru dans la revue
“Mundo Diners” de novembre 2000, Quito.




L’année 1972 filait grand train : l’Equateur construisait un oléoduc de 600 km de long entre la forêt amazonienne et l’océan Pacifique. Il fallait exploiter le pétrole au plus vite (plus de 1 million de barils par semaine) et profiter des prix internationaux qui, pour la première fois et de manière imprévue, venaient de franchir la barre de 2 dollars le baril...




Peu avant, en février, pendant le Carnaval, suite à un coup d’état, les militaires avaient pris le pouvoir de manière à ce que la gestion de cette nouvelle et immense richesse leur revienne plutôt qu’aux civils. Jusque-là, l’Equateur vivait (ou survivait), depuis son indépendance, d’une économie modeste fondée sur ses exportations de bananes, de cacao et de café. Comme il se disait à l’époque, “une économie de dessert”.

S’il n’y avait pas d’abondance, le fossé entre les riches et les pauvres n’était pas d’une profondeur abyssale. Il y avait quelques riches (des propriétaires terriens, des agro-exportateurs et une poignée de banquiers, d’industriels et de commerçants). La grande majorité de la population avait une vie simple et sans fard bien qu’accompagnée de privations restant supportables.

La pantalonnade du coup d’état avait un prétexte tout trouvé : le leader populiste et vindicatif, Assad Bucaram, était favori aux élections qui devaient avoir lieu vers le milieu de l’année 1972. Il s’agissait de succéder au Président Josè Marìa Velasco Ibarra qui terminait son cinquième mandat. Bucaram avait un soutien populaire important, mais la classe politique ne lui accordait aucune confiance aussi était-elle en pourparlers avec les militaires. Ainsi, avec à leur tête le général Guillermo Rodrìguez Lara, prirent-ils le pouvoir.

Une des premières déclaration du nouveau pouvoir, qui se qualifiait lui-même de “nationaliste révolutionnaire”, fut de proclamer que l’ère du pétrole avait commencé en Equateur. Il voulut le signifier d’une manière symbolique qui s’acheva dans le ridicule : le premier baril de pétrole fut présenté dans les rues (1) au cours d’un joyeux défilé et fut, ensuite, déposé avec tous les honneurs au Temple des Héros du collège militaire Eloy Alfaro de Quito.



Traduction Philippe HERRIAU pour l’Expédition Carishina, Quito, février 2002.



(1) La presse du lendemain (29 juin 1972) montre la foule tendant les mains vers le baril pour recevoir un peu de l’Or Noir.