Lannée 1972 filait grand train : lEquateur construisait un oléoduc de 600 km de long entre la forêt amazonienne et locéan Pacifique. Il fallait exploiter le pétrole au plus vite (plus de 1 million de barils par semaine) et profiter des prix internationaux qui, pour la première fois et de manière imprévue, venaient de franchir la barre de 2 dollars le baril...
Peu avant, en février, pendant le Carnaval, suite à un coup détat, les militaires avaient pris le pouvoir de manière à ce que la gestion de cette nouvelle et immense richesse leur revienne plutôt quaux civils. Jusque-là, lEquateur vivait (ou survivait), depuis son indépendance, dune économie modeste fondée sur ses exportations de bananes, de cacao et de café. Comme il se disait à lépoque, une économie de dessert.
Sil ny avait pas dabondance, le fossé entre les riches et les pauvres nétait pas dune profondeur abyssale. Il y avait quelques riches (des propriétaires terriens, des agro-exportateurs et une poignée de banquiers, dindustriels et de commerçants). La grande majorité de la population avait une vie simple et sans fard bien quaccompagnée de privations restant supportables.
La pantalonnade du coup détat avait un prétexte tout trouvé : le leader populiste et vindicatif, Assad Bucaram, était favori aux élections qui devaient avoir lieu vers le milieu de lannée 1972. Il sagissait de succéder au Président Josè Marìa Velasco Ibarra qui terminait son cinquième mandat. Bucaram avait un soutien populaire important, mais la classe politique ne lui accordait aucune confiance aussi était-elle en pourparlers avec les militaires. Ainsi, avec à leur tête le général Guillermo Rodrìguez Lara, prirent-ils le pouvoir.
Une des premières déclaration du nouveau pouvoir, qui se qualifiait lui-même de nationaliste révolutionnaire, fut de proclamer que lère du pétrole avait commencé en Equateur. Il voulut le signifier dune manière symbolique qui sacheva dans le ridicule : le premier baril de pétrole fut présenté dans les rues (1) au cours dun joyeux défilé et fut, ensuite, déposé avec tous les honneurs au Temple des Héros du collège militaire Eloy Alfaro de Quito.
Traduction Philippe HERRIAU pour lExpédition Carishina, Quito, février 2002.
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