LAmazone nest pas comme le Napo,
Le Napo nage lentement vers lAmazone, Lentement, Rentré, Accablé.
LAmazone nest pas comme le Napo,
Il lui court dessus un vent indubitable.
Henri MICHAUX, extrait de Ecuador, édition Gallimard.
"Cette rivière douce (l'Amazone, ndr) a soixante lieues de large à son entrée, et vient tant d'eau de la rivière douce et court si très fort qu'elle entre plus de vingt lieues dans la mer, tellement que en lesdites vingt lieues ne se trouve point salée par l'eau de ladite mer".
Jean ALFONSE, "Les voyages aventureux du capitaine Ian Alfonse Sainctongeois", 1559.
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LAmazone fut descendue pour la première fois en 1541-1542 par des espagnols commandés par Francisco de Orellana. À la différence de la découverte de la plupart des autres fleuves, il fut exploré à partir de ses sources et non de son embouchure, même si cette dernière fut repérée par Vincente Pinzon dès janvier 1500. Orellana descendit l´Amazone par hasard : Gonzalo Pizaro, qui était à la recherche de la cannelle dans le piémont andin, aujourdhui situé en Equateur, avait envoyé le capitaine en reconnaissance pour quil ramène des vivres. Emporté par le courant du Napo, Orellana ne put revenir sur ses pas et il continua jusquà lAtlantique.
En lhonneur de son découvreur, on le nomma dabord le fleuve dOrellana, bien que celui-ci ait tenu, et lhistoire lui donna raison, à ce quil sappela fleuve des Amazones parce quil y avait combattu des femmes guerrières. Cependant, les premiers cartographes se contentèrent de lappeler le Rio Grande. Pinzon, lui, constatant limmensité de son delta, lappela la Mer douce.
Aujourdhui encore, lAmazone porte successivement plusieurs noms. À la sortie des Andes, au Pérou, il sappelle Marañon. Puis, après avoir reçu le Rio Ucayali, il devient lAmazone jusquà la frontière avec le Brésil où il prend le nom de Solimões, avant de redevenir lAmazone à sa rencontre avec le Rio Negro.
Les sources de lAmazone ont dabord été situées au sud de Cuzco (Pérou), au Rio Vulcanota qui ensuite reçoit les eaux de lUcayali. En 1952, les sources de lUcayali furent clairement localisées par le service géographique des armées péruviennes. Celles du Marañon également : cet éclaircissement permit didentifier le Marañon comme la source de lAmazone. Effet, il a été prouvé que le Marañon reçoit lUcayali, que son cours est plus dans laxe de celui de lAmazone et que son débit est le plus puissant. Le seul argument qui reste en faveur de lUcayali est sa longueur supérieure à celle du Marañon. Dailleurs, certains hydrologues continuent de considérer lUcayali comme étant le fleuve andin qui donne naissance à lAmazone.
À son embouchure au Brésil, large de plus de 100 km, lAmazone est spectaculaire car il pénètre profondément dans locéan Atlantique : les eaux de locéan sont repoussées à plus de 150 km par celles de lAmazone. À cette distance des côtes, on distingue encore ses eaux boueuses charriant des déchets de la forêt. On estime que lAmazone fournit 15 % des apports en eaux douces des océans. À linverse, en fonction de lamplitude des marées, locéan pénètre le cours inférieur du fleuve sur plusieurs dizaines de km sous la forme dune vague pouvant mesurer jusquà 5 m de hauteur et ayant une vitesse supérieure à 60 km/h. Ce phénomène bien connu des surfeurs est connu sous le nom de mascaret.
Parfois qualifié de fleuve le plus long de la planète, lAmazone est en fait le troisième par sa longueur, derrière le Nil (6.670 km) et le Mississipi-Missouri (6.260 km). Les 6.150 km de lAmazone représentent, quand même, 6 fois la longueur de la Loire et près du double de la longueur total de la Garonne, de la Seine, du Rhône et de la Loire réunis.
En revanche, lAmazone est bien le fleuve le plus puissant du monde par son débit (209 000 m3 à son embouchure, 700 fois celui de la Seine à Paris) et par létendue de son bassin (6.100.000 de km2, 11 fois la superficie de la France). Ce bassin sétend sur 7 pays : le Brésil, le Pérou, lEquateur, la Bolivie, la Colombie, la Guyana et le Vénézuela. Lamazone reçoit des eaux de plus dun millier daffluents dont beaucoup dépassent 1.000 km de long. Les plus importants dentre eux sont, sur la rive gauche, le Putumayo et le Rio Negro (2.200 km) et, sur la rive droite, les rios Madeira, Tapajòs et Xingu. Il est même permis de dire que lAmazone reçoit des eaux du bassin de lOrénoque, situé essentiellement au Venezuela, puisque celui-ci déverse une partie de ses eaux dans le Rio Negro. Cette curiosité hydrologique est un canal unique au monde : le canal naturel de Casiquiare. Par ailleurs, quand lAmazone reçoit certains de ses affluents, il se produit un complexe et long mariage des eaux. Par exemple, au niveau de Manaus, le mélange des eaux noires du Rio Negro et de celles beiges de lAmazone est un spectacle réputé.
Si le débit de lAmazone est le premier, et de loin, de tous les fleuves, ses eaux, compte tenu dun faible dénivelé (60 m sur les 3.000 derniers km de son cours), sécoulent dune manière atypique puisquelles sont surtout poussées par celles de ses affluents. Ces poussées successives sont responsables des importantes variations du niveau du fleuve (12 m au niveau du Solimões, 15 m à Manaus mais seulement à 3 m à Macapa, à son embouchure). Cette forte amplitude des eaux amazoniennes combinée à un relief de plaine produisent des inondations qui se répandent sur plus de 300.000 km2 (une superficie supérieure à la moitié de celle de la France) rien quau Brésil. Pour ce qui concerne sa profondeur, lAmazone est, là encore, exceptionnel puisquà 3.000 km de son embouchure, sa profondeur est déjà de 20 m et quelle est de 80 m au niveau dObidos. Il en va de même pour sa largeur dont la moyenne est estimée à 12 km. En période dinondation, tout repère disparaît et rien ne distingue plus les terres du fleuve.
Voies naturelles de pénétration de lAmazonie, lAmazone et ses affluents sont longtemps restés silencieux jusquà ce que les premiers bateaux à vapeur au XIX siècle le remontent pour accompagner le cycle du caoutchouc qui introduisit loccident au plus profond de ses entrailles. Navigable par des navires hauturiers sur plus de 3.000 km, lAmazone fut ouvert à la circulation internationale en 1868 mais le Brésil sopposa toujours à linternationalisation de ses eaux. Aujourdhui, cest vraisemblablement vu du ciel que le fleuve est le plus beau : courbes parfaites, variations de couleurs et immensité se combinent pour former dinoubliables tableaux.
Philippe HERRIAU pour lExpédition Carishina, Quito, décembre 2001.
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