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La désastreuse voie ferrée
Madeira-Mamoré (1878-1912)


Le boom du caoutchouc amena les états amazoniens a fixer leurs frontières. Le rattachement de l’Acre au Brésil en 1901 relança la construction d’un chemin de fer entre le Madeira et le Mamoré, un chantier sur lequel moururent 6.000 ouvriers pour 300 km de voie, soit 20 hommes par kilomètre.




Avec l’explosion de la demande de caoutchouc, les riches provinces de l’Amazonie bolivienne sont confrontée au problème de l’écoulement de leur production. L’exportation par le Pacifique et le détroit de Magellan est trop chère et la voie terrestre de 400 km renchérit les coûts. En 1878, alors que le chemin de fer tisse sa toile un peu partout dans le monde, un nord-américain lance la construction d’une ligne en pleine jungle sur 365 km qui devrait permettre de baisser le prix de l’acheminement de l’Or Noir vers ses zones de commercialisation. Mais, 1 an et demi plus tard, les travaux s’arrêtent en raison de difficultés légales. Déjà, 500 hommes ont laissé leur vie pour 7 km de voie construite.

Cependant, 27 ans plus tard les travaux reprendront à la suite du rattachement de l’Acre au Brésil. En 1867, le Brésil reconnaît la souveraineté de la Bolivie sur ce territoire mais c’est sans compter avec l’éloignement de La Paz conjugué au nationalisme actif de certains brésiliens. La Bolivie se contente d’envoyer quelques fonctionnaires de ses douanes pour prélever sa dîme sur le caoutchouc et, le 14 juillet 1899, l’obscur espagnol Luiz Galvez Rodrigues de Arias déclare, en français, l’indépendance de la République d’Acre à la satisfaction des caoutchouquiers locaux. Depuis 3 mois la Bolivie a retiré ses quelques fonctionnaires, pas un coup de feu n’est tiré. L’aventure dure 8 mois pendants lesquels aucun Etat ne reconnut cette fantomatique République si francophile. Puis, Rio de Janeiro envoie sa marine pour rétablir la souveraineté bolivienne. En 1900, un nouveau mouvement -des intellectuels brésiliens cette fois-ci- conteste la présence bolivienne. Consciente qu’elle ne pourra jamais contrôler ce territoire, la Bolivie le concède à la Bolivain Syndicate (un regroupement d’intérêts anglo-saxons) pour 30 ans contre-reversements au fisc de 60 % des bénéfices réalisés. Les fervents du rattachement au Brésil prennent alors les armes sous la direction de Jose Placido de Castro et, à la suite d’une guérilla de 100 jours, la Bolivie abandonne toute prétention et vend l’Etat d’Acre au Brésil.




Signé en 1902, l’accord de rattachement prévoit, à la charge du Brésil : le versement d’une indemnité de 100.000 livres à la Bolivian Syndicate, une de 2 millions à La Paz et la construction de la voie ferrée Madeira-Mamoré afin que la Bolivie puisse écouler son caoutchouc.

En 1907, l’enfer reprend et durera 5 ans pour les quelques 25.000 ouvriers venus du monde entier. Le désastre de 1878-1879 se renouvelle : les attaques indigènes, la maladie et les accidents déciment les constructeurs de l’unique voie de chemin de fer jamais construite aussi profondément en Amazonie. Le travail est exceptionnel car il faut tout amener à dos de mulet : notamment le charbon anglais, l’acier nord-américain et ... le bois australien ! L’hécatombe est à l’image de celle de la première tentative : 6.000 à 10.000 morts pour 300 km de voie construite car, cette foi-ci, le projet aboutit : en 1912, la voie est terminée. 1912 est aussi l’année de l’effondrement du marché du caoutchouc, toute activité cesse et aucun train de caoutchouc ne l’empruntera jamais, même si la voie restera en service jusqu'en 1969.



Philippe HERRIAU pour l’Expédition Carishina, Quito, février 2002.



Sources :

--- GHEEBRANT, Alain, L'Amazone, un géant blessé, Paris, 1988.
--- USTARROZ,
Ricardo, "Le cimetière des projets grandioses" et SEVILLA, Jean-Jacques, "La saga des seringueros" in Autrement, spécial Amazonie, ouvrage collectif, Paris, 1990.
--- GEORGES - PIPERA, Sur les traces de Fizcarrald, Arles, 1996.