Astronome, géographe et naturaliste français (1701-1774). La Condamine réalisa la première étude scientifique du cours de l´Amazone. Né à Paris en 1701, il entama, après une jeunesse tumultueuse, une carrière militaire qu'il abandonna rapidement pour se consacrer à l'étude des sciences physiques et naturelles. En 1730, il fut admis comme adjoint chimiste à l'Académie des sciences. Surtout attiré par les voyages, il participa en 1731 au voyage scientifique de Duguay-Trouin en Méditerranée, durant lequel il visita la côte nord-africaine et celle de l'Asie Mineure. En 1735, Voltaire usa de toute son influence pour faire admettre La Condamine dans l'expédition de Godin et Bouguer à l'équateur. L'objectif de ce voyage au Pérou était de déterminer la figure de la terre en mesurant la longueur d´un arc de méridien. Après des années de recherche dans les Andes, La Condamine se décida à revenir en Europe en descendant l'Amazone, dont il rapporta le caoutchouc et la première description de l´arbre quinquina. Il fit quelques observations astronomiques à Cayenne et regagna la France en 1744. Beau parleur et écrivain habile, La Condamine était très apprécié dans les salons. Outre ses travaux sur l'expédition, il publia une relation de son voyage sur l'Amazone, des écrits sur la vaccination contre la variole (1754, 1758, 1765) et un mémoire faisant connaître pour la première fois les propriétés du caoutchouc (1751). Il entra à l'Académie française en 1760. Sa curiosité était proverbiale : il mourut des suites d'une opération audacieuse qu'il avait voulu faire tenter sur lui-même.
L´ETUDE DE L'AMAZONE (MAI 1743 - SEPTEMBRE 1744)
En 1743, à la suite de 8 ans de recherches dans les Andes, La Condamine se séparait de ses compagnons, Bouguer et Godin des Odonais, après avoir terminé la mesure d´un arc de méridien équatorial (mesure qui devait donner son nom à l´Équateur moderne) et se décidait à rentrer en Europe en descendant l´Amazone à travers le Pérou et le Brésil jusqu´aux Guyanes. La Condamine, aidé de son collègue et ami Don Pedro Maldonado, embarqua toutes ses notes et ses relevés dans de grosses malles et, après questionné jésuites, marchands et aventuriers connaissant la forêt, il se lança à l´aventure. Ayant échappé de justesse à une embuscade dans les montagnes, le savant, son équipage et ses mules rejoignirent le bassin amazonien et poursuivirent leur voyage en pirogue, guidés par les indiens. Après un épisode dans des rapides (où La Condamine manqua de perdre la malle contenant tous ses travaux), des campements nocturnes, des attaques de moustique et des haltes dans les missions des Jésuites et les ports portugais où ils furent reçus avec tous les égards, la petite expédition atteignit le 6 septembre 1543 le fort brésilien de Para. De là, La Condamine rejoignit Cayenne avant de s´embarquer, l´année suivante, pour la France.
Ce voyage devait avoir des résultats considérables. En naturaliste encyclopédiste, La Condamine se livra à de multiples études durant la descente : des relevés astronomiques (atteignant l'embouchure du Napo, le 31 juillet, il observa une émersion du premier satellite de Jupiter, ce qui permit à ce "Humboldt du XVIIIe siècle" de fixer exactement la longitude et la latitude de ce point), des relevés cartographiques (à l´aide de mesures de terrain et de la carte du père Fritz, datée de 1707, dont il connaissait l´existence grâce aux Lettres édifiantes, il réalisa la première carte exacte de l´Amazone), des analyses hydrographiques (relevé du débit, de la profondeur, de l´incidence des affluents et des pluies, étude du mélange des eaux noires du Rio Negro avec celles de l´Amazone, du Pororoca, le phénomène de mascaret frappant l´embouchure), des descriptions botaniques, zoologiques et médicales (propriétés du curare et du caoutchouc, bestiaire succinct de l´Amazonie. La Condamine félicita même la modernité d´un missionnaire Carme, qui inocula la variole aux indiens et parvint ainsi à rendre au moins douteuse une mort qui n´était que trop certaine) ainsi que des expériences de physique pure, sur la pesanteur et la vitesse du son, effectuées à Cayenne.
A côté de ces travaux de naturaliste, La Condamine se livra à une enquête de terrain sur l´existence de deux mythes : le célèbre mythe des guerrières amazones, véhiculé par Orellana puis la légende du lac Parimé. Cette légende, dernier avatar de la fable de l´El Dorado, plaçait la ville fabuleuse de Manoa aux pieds d´un immense lac, qui est représenté sur les portulans et les cartes fantaisistes d´avant La Condamine. Mi-critique, mi-rêveur, le savant multiplia entretiens, questions, étude de témoignages auprès des indiens et des jésuites rencontrés en chemin : s´il finit par qualifier le lac Parimé de simple conjecture, l´existence des Amazones fit en revanche l´objet de récits ambigus, propres à éveiller l´imaginaire, qui contribuèrent sans doute à charmer le public des salons parisiens dont aimait à s´entourer Charles-Marie de La Condamine.
Seule ombre à ce tableau, la vision des indiens donnée par le savant. Animé par l´esprit des sciences naturelles, l´académicien ignorait tout des sciences humaines : il traita les indiens rencontrés brièvement lors de sa glissée sur le fleuve de la même manière que les oiseaux ou les gros animaux entr´apercus, mêlant ses impressions d´homme de salon à des descriptions sommaires : Ils passent leur vie sans penser et ils vieillissent sans sortir de l´enfance
On ne peut voir sans humiliation combien l´homme abandonné à la simple nature, privé d´éducation et de société, diffère peu de la bête. C´est que La Condamine, pourtant ami de Voltaire, n´avait sans doute jamais lu Rousseau
Yann LE DORNER, pour l´Expédition Carishina, Quito, Mars 2002.
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Charles Marie de La Condamine, Relation abrégée d´un voyage fait dans l´intérieur de l´Amérique méridionale, depuis la Côte de la Mer du Sud, jusqu´aux Côtes du Brésil, et de la Guyane, en descendant la rivière des Amazones. Publié à Maestricht en 1778.
Florence Trystram, Le procès des étoiles, Editions Payot. 1993.
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"Si alors quelques pages de mon livre survivent à l'oubli, l'habitant des rives de l'Orénoque et de l'Atabapo verra avec ravissement que des villes populeuses et commerçantes, que des champs labourés par des mains libres occupent ces mêmes lieux où, à l'époque de mon voyage, on ne trouvait que des forêts impénétrables ou des terrains inondés."
Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent, fait en 1799, 1800, 1801, 1803 et 1804 par Alexandre de Humboldt et Aimé Bonpland, rédigé par A. de H., Paris, 1807 et années suivantes
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Naturaliste, océanographe, ethnographe et homme politique allemand (1769-1859). Le baron Friedrich Wilhelm Karl Heinrich Alexander Von Humboldt réalisa la première étude scientifique de l´Orénoque et du Rio Negro. Né en 1769 à Berlin dans une famille de la noblesse prussienne, il étudia à l'université de Francfort sur l'Oder et à Göttingen. Il fit la connaissance du naturaliste Georg Forster, ancien compagnon du capitaine Cook, avec lequel il visita l'Angleterre, la Hollande et la France. Rentré en Allemagne, il obtint un diplôme d'ingénieur des Mines, et exerça ce métier jusqu´à la mort de sa mère en 1796, avant de partir pour Paris où il se lia avec le naturaliste Aimé Bonpland, qui partageait sa passion pour la botanique, la zoologie et la géologie. Avec ce compagnon, il parcouru à pied le sud de la France et l'Espagne, puis s'embarqua, en juin 1799, pour la Nouvelle Andalousie (l'actuel Vénézuela). Jusqu'en 1804, les deux naturalistes explorèrent l'Amérique du Sud (Vénézuela, Cuba, Colombie, Equateur, Pérou), puis remontèrent au Mexique, à Cuba de nouveau et aux Etats-unis. Ils réunirent d'innombrables observations géographiques, astronomiques anthropologiques, ainsi que des descriptions des climats, de la faune et de la flore qu´ils publièrent dans les trente-six volumes du Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent, fait de 1799 à 1804. En 1805, Humboldt repartit pour un bref voyage en Italie, au cours duquel il fit l'ascension du Vésuve avec Gay Lussac. De 1808 à 1827 il vécut à Paris, où il publia la majeure partie de ses récits de voyage. En 1827 et 1828, il retourna à Berlin présider une commission pour l'encouragement des savants et des artistes et prononcer ses célèbres conférences sur la nature et le cosmos à l'Académie de musique. Au faîte de sa gloire, protégé des attaques de ses détracteurs par le roi Frédéric Guillaume III de Prusse, il dirigea en 1829, à la demande du tsar Nicolas Ier, une expédition en Russie, qu'il visita de Saint-Pétersbourg à la frontière chinoise en passant par Moscou et la Sibérie, afin d´étudier le magnétisme terrestre et la géologie de ces régions. En 1835 à la mort de son frère Wilhelm, le célèbre philologue, Humboldt partagea son temps entre des missions diplomatiques et la rédaction de son oeuvre principale, Cosmos, dont les 4 premiers volumes parurent entre 1845 et 1858 en Allemagne. Le cinquième volume sera publié 3 ans après sa mort, survenue le 6 mai 1859 à Berlin, à l´âge de 90 ans.
LE VOYAGE EN AMAZONIE (MARS 1800 - AOUT 1800)
Fin mai 1799, Humboldt et Bonpland s'embarquèrent sur un bateau à destination de La Havane, mais à cause d'une épidémie de typhus, le bateau fit halte au Vénézuela, à Cumaná. Après un séjour de quelques mois sur les côtes de ce pays, Humboldt et son compagnon entreprirent de remonter l'Orénoque par le rio Casiquiare. Ils atteignirent San Carlos sur Rio Negro, aux confins des frontières avec les possessions portugaises, puis redescendirent l´Orenoque jusqu´à Angostura (l´actuelle Ciudad Bolivar). Ils parcoururent ces 2500 kilomètres de forêt tropicale dans des conditions difficiles, campant aux bords du fleuve ou dans la forêt, redoutant les attaques de jaguars et subissant le harcèlement des moustiques. Avant de réembarquer à Cumaná, Humboldt et Bonpland visitèrent les missions des indiens Caribes et prirent un repos bien mérité à Nueva Barcelona.
Les observations effectuées durant ce voyage sont soigneusement consignées dans des carnets et complétées par des centaines d´aquarelles et de dessins de plantes et d´animaux. On y trouve par exemple la première étude de la "gymnote", l´anguille électrique ; après avoir marché accidentellement sur le poisson, Humboldt écrivit : "Je ne me souviens pas qu´une grosse bouteille de Leyde m´ait jamais donné une aussi violente décharge que ce poisson. J´en ai souffert pendant tout le reste de la journée, je sentais une violente douleur dans les genoux et dans presque toutes les articulations." Et il nota, connaissant les travaux de Galvani et de Volta, que l´électricité est produite par le système musculaire de l´animal.
Outre des descriptions de la faune et de la flore (on attribue à Von Humboldt la compréhension des mécanismes de la "géographie végétale" ou "phytogéographie"), le voyage mit en évidence la relation entre les bassins de l´Orénoque et de l´Amazone, par le canal de Casiquiare, véritale anomalie géographique qui était remplacée dans la plupart des cartes d´époques par une montagne !
S´ajoutent à ces découvertes naturelles des études culturelles : Von Humboldt décrivit les natifs et leur façon de vivre et est considéré pour cela comme l´un des pères fondateurs de l´anthropologie américaniste. Grâce à une étude minutieuse de la morphologie et des langues, il énonça l´hypothèse de leur origine asiatique (comme l´avait déjà supposé le père Jose d´Acosta) et la fit remonter à 20 000 ans, ce qui représente une nouveauté à une époque où Buffon avançait à peine le chiffre de 300 ans. Ces notions anthropologiques sont complétées par des réflexions sociologiques : Von Humboldt s´attacha à décortiquer les mécanismes qui caractérisent les sociétés coloniales d´Amérique latine, les conflits de structures entre blancs, indiens, noirs et métis et souligna les causes des tensions entre la couronne espagnole et les créoles. Il fut tout à fait surpris de constater les profondes contradictions des sociétés latines, en partie métissées, qui conservent de lointains préjugés hérités de la conquête espagnole. Humboldt, en historien perspicace, souligna que l´avenir et le bien être des blancs est étroitement lié à celui des indiens, cette "race cuivrée", humiliée par une longue oppression. Ses études démographiques révélèrent l´existence d´une population indigène nombreuse, qui ne fut pas autant décimée que le croyaient les Européens.
Souvent qualifié de "véritable découvreur de l´Amérique", Humboldt incarne l´idéal des Lumières : voyageur, fin politique, homme de lettre, aussi avisé dans les sciences naturelles que dans les sciences humaines. On raconte à ce sujet qu ´il n´avait que dix ans lorsque Frédéric le Grand fit sa connaissance et lui demanda s´il avait l´intention de rivaliser avec son homonyme de l´antiquité, Alexande de Macédoine, et de devenir un conquérant du monde : "oui, Sire" répondit Humboldt. "Mais avec la tête."
Yann LE DORNER, pour lExpédition Carishina, Quito, janvier 2002.
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